La ville sans Juifs

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Auteur : Hugo Bettauer

Titre original : Die Stadt ohne Juden

Traduction : Dominique Autrand

Édition : Belfond

Pages : 192

Date de parution : Septembre 2017

1ère parution : 1929

Genre : Roman historique

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À Vienne, en 1922, les juifs autrichiens occupent les postes-clés de la ville. Certes, les viennois apprécient hautement leurs qualités, mais les estimant trop écrasantes pour que la majorité aryenne puisse elle aussi prendre son essor, obtiennent du Parlement l’expulsion de tous les juifs d’Autriche. Expulsion douloureuse mais non physiquement brutale, chaque individu recevant une indemnité proportionnelle à ses précédentes déclarations fiscales, ce qui ne manque pas de faire naître, chez certains, quelques regrets tardifs. Après le départ du dernier juif, fêté dans l’allégresse, l’euphorie retombe très vite. Des secteurs entiers de l’économie périclitent. Les juifs savaient certes gagner de l’argent, mais avaient aussi l’art d’en dépenser. Le cours de la couronne s’effondre, le chômage et l’inflation galopent alors que, de son côté, la vie intellectuelle et culturelle tombe au plus bas. Vienne perd son prestige de capitale et prend des allures de ville de province. On en vient bientôt à souhaiter secrètement le retour des juifs…

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Je remercie Cultura et le comité de lecture qui m’ont permis de découvrir ce roman. Alors il ne s’agit pas vraiment d’une nouveauté dans le sens où ce roman a été écris en … 1922 ! Cependant, il est très intéressant puisque l’auteur a été visionnaire d’un point de vue historique sur ce qui arriverait aux Juifs. J’ai vraiment aimé découvrir cette histoire fictive avec mon recul sur l’Histoire.

Si ce roman n’est pas exceptionnel en terme d’écriture (l’histoire est simple, les personnages pas spécialement attachants), il reste intriguant quand on connait la date à laquelle il a été écrit. Il est paru en 1922. A cette date, le parti nazi allemand n’est pas encore au pouvoir, Hitler n’a pas encore fait parler de lui et nous nous trouvons dans l’entre deux guerre. Pourtant, l’antisémitisme (même s’il n’est pas à son maximum) est bien présent. Les Juifs sont les souffres douleurs, on leur reproche beaucoup de choses, notamment de s’enrichir et d’être la cause des divers maux. L’auteur, vraiment lucide sur son époque, il a donc décidé d’écrire ce roman dans lequel il veut démontrer l’absurdité des thèses antisémites en imaginant l’expulsion des Juifs d’Autriche.

Dans ce roman, nous allons donc nous rendre compte de la façon dont son traité les Juifs. Décris comme « esprits mauvais, têtes de turcs, vampires et oppresseurs du peuple », on voit clairement qu’ils sont mal jugés, qu’on les accuse de tout et n’importe quoi. En ce sens, il va rapidement être décidé que le pays se porterait mieux sans eux et ils vont petit à petit être expulsé jusqu’à ce qu’il n’en reste plus aucun. Bien sûr, cette expatriation va rendre les autrichiens euphoriques. Enfin ils vont pouvoir récupérer les logements, l’argent, les commerces et divers emplois. Mais au fil du temps, ils vont se rendre compte que tout ne marche pas comme ils l’auraient voulu. L’économie ne cesse de chuter, le chômage augmente, les commerces font faillites et l’inflation s’installe. Mais cette fois, ils n’ont plus personne sur qui rejeter la faute. Et il va être bien difficile de s’en prendre à eux-mêmes alors que les Juifs ont toujours représenté la cible parfaite.

J’ai vraiment aimé cet ouvrage écrit avec beaucoup de dérision et de cynisme. Tout ce qui se passe est assez gros bien sûr mais je pense que c’était voulu par l’auteur pour renforcer le côté absurde des thèses antisémites. Il a ainsi voulu montrer que non, les Juifs ne sont pas responsables de tous les maux du monde. Si l’histoire est écrite sur un ton léger, on sent que le sujet ne l’est pas et que l’auteur sentait que la situation des Juifs ne cessait de se détériorer. Malgré tout il a choisi de finir sur une note optimiste qui malheureusement ne sera pas le cas de la réalité …

C’est un ouvrage vraiment intéressant à lire avec notre recul. C’est fou de se dire que ce roman a été quasiment prémonitoire. Je pense que l’auteur a imaginé une théorie extrême : l’expulsion des Juifs, sans soupçonner que ça deviendrait réalité quelques années plus tard. Je pense qu’il ne pouvait même pas imaginer que le destin des Juifs serait bien plus noir et dramatique que son scénario. En tout cas il a été très lucide sur les évènements et a été courageux d’écrire un tel roman dans ce contexte.

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8 / 10

 

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Flèche L’année de sa sortie, le roman s’est vendu à 250 000 exemplaires et devint l’une des œuvres les plus controversées de l’auteur. S’il se fit des admirateurs, il créa également beaucoup d’ennemis acharnés.

Flèche A la suite d’une campagne très violente à son encontre dans un journal d’extrême droite, l’auteur est abattu par un technicien dentaire en 1925.

14 commentaires sur « La ville sans Juifs »

  1. Oh je ne connaissais pas du tout, mais c’est tout à fait le genre de livres que je veux lire! Je le note, merci de la decouverte!
    C’est effrayant de se dire qu’une idée aussi irréaliste dans un roman ait peu être appliquée quelques années plus tard… Tristement visionnaire…

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  2. Ce livre a l’air intriguant comme tu le décris ! Surtout le fait de savoir qu’il a été écrit en 1922. Je ne suis pas sûre que ce soit le genre de lectures qui me plairaient mais en tout cas, je trouve ça intéressant 🙂

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